Le prieuré roman, son jardin médiéval et son espace muséographique


Le prieuré roman, son jardin médiéval et son espace muséographiqueLe prieuré roman Saint-Gilles de Chamalières est un joyau de l’art
roman. Il est constitué d’une église, d’un bâtiment conventuel et d’un
jardin médiéval présentant un espace muséographique.

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UNE VISITE GUIDEE INTERNET : Elle est disponible à la suite des articles. A bientôt !

L´église et le bâtiment conventuel

L’église et le bâtiment conventuel sont protégés au titre des monuments historiques. C’est donc principalement à l’administration des Beaux-Arts et à l’assiduité des municipalités successives que nous devons sa restauration.

L’église a été construite entre le XIème et XIIème siècle. Lorsqu’on pénètre dans l’édifice, l’impression est envoûtante. Le jour se répand harmonieusement à travers la nef et les bas-côtés, tandis que le regard se perd plus loin dans un clair-obscur baignant une abside aux dimensions insolites. C’est en effet la disposition de l’abside qui
donne à cette église son caractère à part : un vaste sanctuaire plus large que la nef et les bas-côtés réunis, à peine éclairé par de toutes petites fenêtres et couvert d’une voûte en cul-de-four… L’église est donc spacieuse. Elle fut conçue pour accueillir les foules et les abriter la nuit. N’oublions pas que Chamalières-sur-Loire a été pendant
huit siècles un lieu de dévotion et de pèlerinage…

Le bâtiment conventuel présente un cloître du XIIème siècle. Il accueillait autrefois le réfectoire et le logement des moines. Aujourd’hui, le réfectoire est devenu la salle des mariages.

Son jardin médiéval

Le jardin médiéval s’organise autour des vestiges révélés par les sondages archéologiques, à savoir, et principalement : d’est en ouest, un mur de soutènement (reconstruit à l’emplacement initial), au centre, un bassin circulaire (dédié à une table d’interprétation), à l’ouest, un rempart de 2,20 m, et à l’est, devant le bâtiment conventuel, un cloître, qui font place aujourd’hui à deux allées principales du cheminement muséographique.

Constitué de 70 genres de plantes différents (plantes médicinales, plantes fruitières, fleurs), le jardin médiéval est constitué, en son centre, de carrés et plates-bandes en plessis de châtaigner contenant 28 plantes médicinales. Il recèle également 18 plantes fruitières et 25 plantes fleuries, dont les genres sont largement extraits de l’époque médiévale. Notons la présence, au nord et d’est en ouest, d’une haie de roses lianes, à l’ouest, d’un verger, au nord-ouest, d’un préau et de son banc en herbe, un élément emblématique du moyen-âge.

Son espace muséographique

Ce jardin médiéval est aussi un espace muséographique. Toutes les plantes sont identifiées. A cet effet, disposé au pied de chacune, un morceau de lauze porte le nom commun et le nom latin, ce dernier présentant l’avantage d’être usité au niveau international, et donc d’être potentiellement reconnu par les visiteurs étrangers.

D’autre part, le jardin raconte l’histoire du prieuré à l’époque médiévale. Six sculptures en pierre et verre securit présentent les textes aux visiteurs. Les textes portent les titres suivants : L’essor du prieuré - Le cloître était un jardin - Construire un prieuré - Des crues dévastatrices - Une vie de moine à Chamalières - Un lieu de pèlerinage. Une version anglaise est accessible sous la forme d’un QR code (en bas du texte) qu’il suffit de flasher.

De surcroît, une table d’interprétation des matériaux installée à l’emplacement de l’ancien bassin présente une mosaïque des pierres ayant servi à la construction de l’église. Elle est constituée d’une version brute et d’une version lisse de chacune des pierres avec le nom correspondant. Cette table crée une véritable interactivité avec
l’église dans laquelle le visiteur est invité à retrouver les pierres de la mosaïque.

Petite visite guidée de l´église prieurale :

Plan de l´église romande de Chamalières-sur-loirePassé l’entrée principale, le visiteur commence par s’arrêter devant un grand bénitier roman (1,35 mètre d’élévation sur socle). Il date du XIIème siècle. Il est constitué par quatre statues
dressées sous des baldaquins. Celles-ci représentent deux prophètes et deux rois d’Israël : Isaïe et Jérémie (tenant banderole), David et Salomon, l’un avec sa harpe, l’autre avec son sceptre. Le bénitier servait probablement de support au cierge pascal comme le laisse supposer une tige de fer brisée située au fond de la vasque. A noter que la tête imberbe de Salomon n’est pas d’origine. Elle a été sculptée par un artisan du pays entre 1883 et 1886.

Le visiteur prend ensuite à droite et découvre contre le mur du collatéral sud la porte primitive de l’édifice datant du XIIème siècle. Déposée là en 1893, elle est un précieux témoignage de l’art artisanal du Moyen Age. La porte possède deux vantaux. Ses dimensions sont de 2,50 m x 4m10. Elle est faite de planches en cœur de pin sculptées, posées jointives, assemblées par des pentures de fer et garnies de clous (encore nombreux dans la partie supérieure). Le tout est peint sur fond vermillon. Quelques couleurs subsistent dans la partie haute, mieux protégée des intempéries. Celle-ci mérite d’ailleurs toute l’attention. Une bordure assez large est ornée d’entrelacs se terminant par des feuilles. Les traces de polychromie (rouge et vert) permettent d’imaginer la beauté de l’ensemble des deux vantaux. Chacun d’eux est divisé en quatre tableaux. En haut, on distingue une croix aux quatre branches égales, ornée de cinq disques hémisphériques saillants, avec un fond décoré d’entrelacs et de sculptures. On y devine aussi un sagittaire et un aigle (dans le vantail de gauche) et un lion ailé et un oiseau à queue de lion (dans le vantail de droite). Au-dessous, on distingue deux guerriers à cheval croisant leur lance. Plus bas, on voit une bande horizontale. Elle forme de chaque côté, et ce par des enfoncements carrés ménagés dans l’épaisseur du bois, quatre petites croix. Une dernière plate-bande laisse apercevoir un cavalier. Devant lui un animal à cinq têtes semble barrer la route. Le tout est garni de clous saillants disposés de manière irrégulière.

A proximité de cette porte, le sol est en partie pavé de dalles. Dans l’ancien cimetière, ces dernières servaient de pierres tombales. Elles portent en relief des emblèmes funéraires, des inscriptions et des blasons.

Le bénitier et la porte du XI eme siècle de l´église de Chamalières sur LoireLe visiteur s’en va tout droit. Il atteint le bras du transept sud, au bout du bas-côté, où se trouve l’autel de la Sainte Vierge (la statue paraît dater du XVIIème siècle). Une travée du chœur fait suite au transept. Sur la base du pilier (n°4 du plan de l’église), face est, il peut distinguer un lambeau de fresque admirablement restaurée qui figure un « Jésus docteur » flanqué d’un aigle symbolisant Saint Jean (à l’origine, il était entouré des quatre évangélistes). On remarquera tout en haut du pilier, sous le chapiteau, une statuette … Peut-être un moinillon de dos s’agrippant au fût…

Ensuite, le visiteur pénètre et circule dans l’abside, autour du choeur. L’abside frappe par sa grandeur. Plus haute et large que la nef et les bas-côtés réunis, elle recèle en sa périphérie quatre absidioles voûtées en quart de sphère. De part et d’autre des deux absidioles centrales, à l’ancien emplacement du banc des châtelains Jourda de Vaux du Rhuiller, se dressent deux socles de pilier ou piédestaux. Ils sont taillés en colonnettes ou pilastres cannelés et portent encore trace de peintures : sur le socle de droite (n°5 du plan), une religieuse bénédictine serrant un cierge allumé, sur celui de gauche (n°6 du plan), un moine bénédictin au doigt levé (vraisemblablement Sainte Scholastique et Saint Benoît).

En levant les yeux, le visiteur constate que sur trois rangs horizontaux la voûte est criblée d’une trentaine de trous ronds. Des échéas en fait. Ce sont des vases en terre servant de caisses de résonance. Les uns sont à fond conique, les autres sont à fond plat. Profonds de 10 à 35 cm et disposés la tête en bas, ils offrent à l’édifice une acoustique exceptionnelle.

Puis, le visiteur rejoint la travée du chœur devant l’autel. Au revers du pilier du chœur (n°7 du plan), il trouve la fresque d’une « vierge-mère » entourée de deux anges adorateurs tenant un encensoir.

Le visiteur se dirige ensuite vers le bras nord du transept où se situent la sacristie et l’autel de Saint-Gilles (n°8 du plan). La statue du saint, patron de Chamalières-sur-Loire, est en bois doré et paraît remonter à la fin du XVIIème siècle. Elle est surmontée d’un vitrail figurant Saint-Gilles en moine bénédictin grandeur nature. A noter que tous les vitraux ont été installés en 1875. Ils sont en pur Saint-Sulpice.

Le visiteur parcourt le bas-côté nord, et dans la dernière travée, il découvre les fragments du Tombeau de l’Evêque (n°9 du plan), incorporés au mur. Ils sont en pierre polychromée, datent du XIIIème siècle, et ont été rassemblés en 1972 par le service des Monuments historiques. Noël THIOLLIER, qui servit de guide pour Chamalières aux membres du 71ème Congrès archéologique de France tenu au Puy en 1904, en fait la description suivante: « Ce sont, dans le bas, deux arcatures trilobées de profil torique et côtoyées d’un galon perlé. Au-dessus, le défunt, un évêque mitré, les bras croisés sur la poitrine, est soutenu par deux personnages. Des moines, dont un abbé tenant une crosse, sont agenouillés devant lui. Un autre lui présente une tête qui paraît être un reliquaire. Dans une gloire ovale, l’âme du défunt représentée comme toujours sous la forme d’un enfant nu, est reçue par un saint tenant une crosse ». Ce motif est aujourd’hui placé sur le côté droit (en regardant le tombeau). Au-dessus du fragment central, un bas-relief représente Saint-Pierre tenant d’une main une clé, de l’autre un livre ouvert, pour l’introduction des élus au ciel. Enfin, on pense que le défunt est Etienne de Chalencon, évêque du Puy, élu par le chapitre en 1220 après l’assassinat de Robert de Mehun à Saint-Germain-Laprade. Etienne de Chalencon, mort en 1231, présida au Puy à l’établissement des dominicains et des franciscains. Il fut bienfaiteur de Notre-Dame du Puy et du monastère de Chamalières.

Le visiteur ne sort pas de suite. Il revient sur ses pas jusque vers une porte vitrée (n°10 du plan) qui donne accès à ce qui reste de l’ancien cloître. Deux colonnettes avec chapiteaux, dont l’un est orné d’entrelacs, entourent la porte. Au-dessus de l’archivolte, une frise en pierre sculptée, mutilée dans sa partie centrale, laisse percevoir sur les retombées deux sculptures intéressantes : à gauche, un homme faisant la culbute, tête en bas et pieds en l’air, qui semble tomber dans la gueule d’un animal prêt à le dévorer (le damné), à droite, un lion accroupi sur ses pattes de devant, qui se prosterne devant le buste d’un homme portant vraisemblablement un agneau sur les épaules (le bon pasteur). Autant de thèmes qui expriment l’inquiétude du temps…

Plus qu’à longer le jardin médiéval doté d´un espace muséographique et découvrir le bâtiment de l’ancien cloître. Six arcades du XIIème siècle à colonnes géminées et une tourelle d’angle lui confèrent un cachet
indiscutable. Dans la galerie, un sarcophage de pierre repose vide et sans couvercle.
A noter que le réfectoire de l’ancien monastère a été transformé en une magnifique salle avec cheminée en pierre, meubles anciens, stalles.
Ici, se réunissent occasionnellement le Conseil municipal et les associations locales.

Bien sûr, il ne faut pas manquer de s’attarder sur le clocher à deux étages datant de 1900. Autrefois, le clocher de l’église de Chamalières ne comportait qu’un étage. S’il a été reconstruit par mesure de sécurité, le coq en bronze fondu, lui, est d’origine. Enfin, les baies en plein cintre dissimulent trois cloches. Avant la Révolution, elles étaient au nombre de quatre, mais sous la terreur, trois furent cédées pour la fonte des canons. Aujourd’hui, il reste donc la cloche rescapée (datant de 1741), plus deux autres, « Marie-Marguerite » et « Bernadette », offertes en 1900 par deux généreux paroissiens.